#ITW Point de vue d’un #DRH (anonyme) sur le #DIF

D’aucuns s’accordent pour considérer que les DRH ne sont pas enchantés de devoir traiter une demande de formation formulée au titre du droit individuel formation. D’autant que prochainement, au DIF, devrait se substituer un compteur « CIF » : Capital Individuel de Formation. En effet, lANI sur la sécurisation de l’emploi prévoit notamment une réforme du DIF avec la création d’un compte personnel de formation. Ce dernier sera intégralement transférable en heures, d’une entreprise à l’autre, tout au long de la vie professionnelle du salarié jusqu’à sa retraite. Il sera alimenté par le DIF mais sans qu’il soit possible de le monétiser. Ce compte sera crédité de 20h/an, dans la limite de 120h.

J’ai souhaité recueillir le point de vue d’un DRH et vous partager son témoignage de façon anonyme pour ce qui concerne ce droit DIF alloué aux salariés depuis 2004.

L’employeur a pour obligation d’informer annuellement ses salariés de leurs droits acquis en matière de Droit Individuel à la Formation. Ainsi en tant que DRH je m’assure que, chaque fin mois de décembre, les salariés soient avertis de leur nombre d’heures acquises en leur adressant le relevé de leurs compteurs DIF accompagné d’une note explicative. En fait cela n’existait pas dans mon entreprise depuis la création du DIF.

A ce jour je n’ai eu que deux demandes que j’ai validées. Les projets n’étaient pas en rapport avec mes souhaits en tant qu’employeur puisque les intéressés ne pourraient   pas mettre en pratique leurs nouveaux savoirs dans l’entreprise.
Si je les ai validées c’est parce que ces personnes rencontraient des problématiques de santé et d’adaptation sur leur poste de travail et que pour moi c’était important de les accompagner dans leurs futur projet de reconversion professionnelle (cette considération est à appréhender d’une part, du point de vue de mes valeurs humaines mais aussi, de celui ma position de directrice d’un établissement : un salarié malade va me coûter plus cher en arrêts maladies s’il est licencié pour inaptitude que s’il démissionne après son DIF, désolé si je déçois).

Je ne suis pas seulement DRH, je dirige aussi l’entreprise et suis responsable devant le Conseil d’Administration des budgets… Je dépends donc de financeurs tels que le conseil général, l’Agence Régionale de la Santé… et, tous me disent ” les caisses sont vides “. Je réponds “bon, soit” et puis je mets un peu de côté mes valeurs.

Pour 2013, le plan de formation de l’entreprise étant déjà consommé par des formations obligatoires (du fait de l’objectif d’obtenir la norme AFNOR de mon secteur d’activité), je vais solliciter leur DIF en complément de conventions additionnelles pour finance, avec notre OPCA, des formations diplômantes et complémentaires (diplômes par VAE d’Auxiliaire de Vie Sociale, Aide Médico-Psychologique, Aide-Soignante, management, gestion de crises, gestion des fins de vie, analyse de pratique, utilisation des logiciels informatique).

C’est à dire que c’est moi, qui représente l’employeur, qui vais me mettre en situation de leur demander leur accord pour pouvoir utiliser leur DIF dans ce grand projet 2013/2014 de professionnalisation des salariés.

Je pourrai alors mettre en avant notre organisation, d’un point de vue purement commercial, en démontrant à la concurrence, des “privés lucratifs”, que si nous agissons sous le statut d’Association de loi 1901 (privé non lucratif) nous pouvons toutefois proposer une prestation de qualité, dispensée par des intervenantes diplômées et donc professionnelles. La démarche est commerciale et intéressée pour l’ensemble de l’organisation.

En revanche, si une personne me demande un DIF pour apprendre l’anglais demain, je vais le refuser…

Comment une direction compose-t-elle finalement dans son quotidien entre, d’un côté, ses valeurs pour l’humain et ses obligations de résultats et de l’autre, des budgets de plus en plus serrés ?

Je pose la question…

Sources et pour aller plus loin

Carole Blancot À propos de Carole Blancot

Carole Blancot est conférencière, formatrice, co-auteure de plusieurs ouvrages, blogueuse, psychosociologue clinicienne psychothérapeute (Numéro ADELI : 78 93 1059 6), IPRP (n°IDF/2018/34), présidente de SpotPink (agence de communication pour les acteurs des domaines RH et SIRH), et DPO (Désignation CNIL : N° DPO-37620 et N° DPO-37624).
Elle intervient par exemple en entreprise pour faciliter la négociation du droit à la déconnexion et la mise en œuvre des outils et des mesures de régulation associées. Elle met aujourd'hui son passé de consultante RH au service d'interventions psychosociologiques dans des contextes qui sont parfois compliqués. Elle maîtrise les tenants et aboutissants du RGPD. C'est, par ailleurs, une spécialiste de la production de contenu pour les sujets traitant de la gestion des RH, du SIRH (Système d’Information en Ressources Humaines) et des médias sociaux. Elle a (co)réalisé en 2015 la première étude portant sur le phénomène du FoMO et sur le niveau de dépendance des Français vis-à-vis des médias sociaux. Twitter : @CaroleBlancot

error: ©SpotPink