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15 bonnes raisons de ne pas parler de #BonheurAuTravail

Bonheur au travail, quand le fantasme se confronte à la réalité…

Crédits : Deligne

Le travail et le bonheur recouvrent des réalités très différentes selon les individus qui les expérimentent.

Le travail de certains est de sauver des vies, celui d’autres est d’assurer la sécurité, les uns fabriquent à la chaine des produits ou encore soignent des animaux, les autres dirigent des entreprises, etc.

A certains le bonheur semble inaccessible, tant les problèmes familiaux, économiques, psychologiques ou encore physiologiques se présentent et, semblent s’ériger en barrage. Pour d’autres, il a été acquis mais aussitôt perdu. Il est communément admis, grâce à Jules Renard que “L’argent ne fait pas le bonheur, rendez-le !”.

Ces deux réalités, que sont le travail et le bonheur, sont respectivement uniques et subjectives. Peuvent-elles se concilier pour donner lieu à une autre réalité (individuelle et/ou collective), celle de l’existence d’un bonheur au travail ? Peut-on réellement éprouver le bonheur au travail et si oui, à quelles conditions ? De même que la liberté semble avoir un prix, quel serait celui du bonheur au travail ?

Qu’est-ce que le bonheur ?

Crédits : OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le bonheur serait un état qui caractériserait le sentiment d’être heureux et donc, la réussite de la satisfaction de nos désirs. Selon ce proverbe arabe, « il y a deux sortes de gens : ceux qui peuvent être heureux et ne le sont pas, et ceux qui cherchent le bonheur sans le trouver.” Un autre proverbe arabe nous enseigne que « soit l’homme désire, et il n’est pas heureux, soit il est heureux, et il ne désire plus.” Désir et bonheur seraient inextricables mais s’excluraient l’un l’autre… Pas de bonheur sans désir et, plus de bonheur si plus de désir. On observe d’ailleurs que les personnes dépressives n’ont plus de désir et, que le bonheur est pour elles, un concept totalement abstrait et inaccessible. Avez-vous déjà rencontré des enfants de milliardaires ? La plupart n’a pas connu ou ne connait plus le désir… Ils sont malheureux d’être blasés, parce qu’ils n’ont pas éprouvé la frustration de désirer un chose, une personne ou bien encore une situation, sans avoir pu l’obtenir, la conquérir ou la vivre.

Selon cette conception philosophique du bonheur[1], le bonheur ne pourrait être caractérisé par un état éphémère… « Le bonheur est un état de satisfaction complète, caractérisé par sa stabilité et sa durabilité. Il ne suffit pas de ressentir un bref contentement pour être heureux. Une joie intense n’est pas le bonheur. Un plaisir éphémère non plus. Le bonheur est un état global. L’homme heureux est comblé. Il vit une forme de plénitude. Sa situation est stable : elle présente un équilibre et, seul un élément extérieur pourrait la modifier. ».

De nombreux théoriciens ont interprété certains comportements humains sous l’angle de l’homéostasie qui pousse l’individu et les groupes à rechercher la préservation d’un équilibre du système dans lequel ils se trouvent. Or, l’environnement dans lequel les individus évoluent est par définition, en perpétuelle mouvance et donc instable. Le changement s’y impose, en permanence de façon récurrente, comme une contrainte ou nécessité. La mise en œuvre du processus de régulation associé à l’homéostasie est donc coûteuse, parfois en temps, sinon en énergie.

Ainsi, l’atteinte du bonheur serait une tâche ardue et, le bonheur atteint serait une situation jamais totalement acquise. Selon Robert Hollier “Le bonheur est toujours ailleurs.”

Toujours selon cette conception philosophique du bonheur[2], « ce qui produit le bonheur est parfois indéterminé par l’individu lui-même, il ignore ce qui pourrait le conduire au bonheur ». Or, Si l’individu lui-même ignore le chemin vers « son » bonheur, comment une personne extérieure à lui pourrait-elle davantage le savoir ?

Pour finir, selon ce proverbe français, “Le bonheur fuit celui qui le cherche.”

Qu’est-ce que le travail ?

Crédits: jeunesdavenir44.over-blog.com

Dans le Larousse, le terme travail peut recouvrir les différentes acceptions suivantes[3] :

  • Faire un effort soutenu pour obtenir un résultat : Travailler jour et nuit.
  • Réaliser une production, produire : Entreprise qui travaille à perte.
  • Avoir une profession, exercer un métier : Travailler dans les assurances.
  • Étudier : Arrête de jouer, va travailler dans ta chambre.
  • Servir, desservir quelqu’un, quelque chose : Le temps travaille pour nous.
  • Effectuer un exercice : L’acrobate travaille sans filet.
  • Fonctionner activement : Dans ce sport, tous les muscles travaillent.
  • Déployer une grande activité : Son imagination travaille sur ce projet.
  • Se déformer sous l’action de l’humidité, de la chaleur, du temps :Meuble qui a travaillé.
  • En parlant d’une maçonnerie ou d’une charpente, se déformer sous l’effet des charges, poussées ou tractions subies.
  • Subir l’effet de la fermentation : Vin qui travaille.
  • Produire un revenu : Faire travailler son argent.

Crédits : mymeetingsondemand.com

Le terme tripalium qui définit le travail, dans sa forme lente, difficile et laborieuse, semble immédiatement incompatible avec un objectif d’atteinte du bonheur.

Pourtant, il est vrai qu’une sensation de plaisir intense peut être acquise au terme d’un travail laborieux, accompli dans la douleur ou la lenteur, sous réserve que celui-ci ait été mené à son terme. Par son achèvement, le travail aboutirait finalement à la satisfaction d’un ouvrage (bien) accompli et parfaitement achevé. Cependant, comme vu précédemment, un plaisir intense ne suffit pas à caractériser le bonheur. Le risque est donc de confondre plaisir ponctuel et bonheur au travail.

Avec ce proverbe chinois “Un bonheur aplanit cent malheurs”, l’on perçoit que le plaisir fait partie du bonheur lorsque plaisir s’oppose à malheur. Mais, comme précédemment évoqué, UN bonheur n’est pas LE bonheur. Si un plaisir peut contribuer à un bonheur, un plaisir ne suffit pas à caractériser un état stable et durable de bonheur, LE bonheur.

Bonheur au travail : de quoi parle-t-on ?

Ne pas confondre plaisir au travail et bonheur au travail

Pour le SNPHAR[10], « Le travail qui permet de réaliser ses aspirations est source de plaisir : plaisir d’estime de soi par les contacts et la relation à l’autre, plaisir altruiste d’être utile ou d’aider, plaisir de faire, plaisir de création et d’enrichissement personnel ».

Certains voudraient nous faire croire que le bonheur au travail se traduirait donc par des manifestations physiologiques et psychologiques, concrètes, permanentes et durables, ressenties par le salarié qui éprouve du plaisir à travailler et/ou du plaisir en travaillant. Eprouver du bonheur au travail pourrait être lié au plaisir que l’on éprouve dans les tâches professionnelles que l’on effectue, aux fréquentations et à la nature des relations que l’on entretient avec ses collègues et son supérieur hiérarchique, aux conditions matérielles et lucratives qui entourent l’exercice de notre travail, au sens que l’on donne à notre action au travail, etc.

Le hic est que, comme nous venons de l’évoquer plus haut, le plaisir n’est pas le bonheur et le bonheur ne se limite pas au plaisir, que celui-ci soit fugace ou récurrent. Au regard de ce qui vient d’être dit, pourquoi donc les promoteurs du bonheur au travail ne font-ils donc pas la promotion du plaisir au travail ?

Qui, décemment, peut s’affirmer contre la quête du bonheur au travail ?

Crédits : mwfmotivation.com

Etre contre une représentation forcément positive (atteindre le bonheur au travail), n’est éventuellement possible que pour les psychotiques qui n’ont pas appris à différencier le « bien » du « mal ».

Or, le marché de l’emploi est majoritairement rempli de névrosés, ceux qui sont en quête du bonheur, de façon universelle. Puisqu’intellectuellement pour une majorité de personnes, il ne serait ni décent ni concevable d’être CONTRE le bonheur au travail, ceux qui assurent la promotion du bonheur au travail devraient donc rencontrer moins de réticences…

Nous pouvons d’ailleurs y voir une tentative de manipulation de leur part, compte tenu de l’usage de cette sémantique. Toutefois, rappelons aux promoteurs du bonheur au travail que ce n’est pas parce que l’on n’est pas contre que l’on est pour ! En effet, le pour n’est pas systématiquement ou nécessairement le contraire du contre. La tâche n’est donc pas d’emblée acquise, contrairement aux premières apparences ni à ce que l’on voudrait bien nous faire croire.

Du mal-être au bonheur au travail, en passant par le bien-être

Crédits : leboncombat.fr

Admettez que l’on ne peut pas atteindre le bonheur sur un état de mal-être. Si vouloir favoriser le bien-être est louable, en revanche vouloir instaurer le bonheur au travail pourrait bien être manipulatoire.

Pourquoi, la mode terminologique en vigueur dans l’entreprise et dans les tribunes des gourous qui s’y adressent, a-t-elle considérablement évolué au fil des années ? Il s’est agit dans un premier temps de décrire les démarches de « gestion du stress », puis au fil des années et dans un second temps d’évoquer celles de la « prévention des RPS » et enfin, dans un 3ème temps, à valoriser le « bien-être » au travail et la QVT = Qualité de Vie au Travail.

Finalement cette évolution terminologique a donné lieu à la quête du « bonheur au travail ». Pourquoi ? Tout simplement parce que le mal-être n’est pas vendeur, le bonheur si.

Cette crise qui dure et qui nous ronge, induit chez beaucoup des envies de renouveau. Ces envies rencontrent ceux à qui la crise donne des ailes parce qu’ils ont compris que leur survie serait conditionnée par leur capacité à réinventer leur business : les conseillers, ceux qui ont suffisamment de naïveté ou qui pensent que procurer du bonheur à tous n’est pas impossible, si l’on s’en réfère à leur toute-puissance. Ils ont raté le coche du stress, les risques-psychosociaux (c’était trop compliqué et de toutes façons déjà pris), ils ont échoué dans le bien-être, qu’à cela ne tienne, ils réussiront dans le bonheur !

Il y a comme une difficulté à trouver une définition consensuelle du bonheur, tandis que les manifestations du stress sont, elles, désormais bien connues. S’il est maintenant acquis dans les entreprises d’identifier avec fiabilité les causes d’un mal-être (qui ne se limitent pas au stress), et donc d’évaluer puis prévenir les risques psychosociologiques, il est impossible de définir ce qui contribuerait au bonheur au travail.

Crédits : nicolasbordas.fr

Si vous questionnez les salariés, les managers et la direction sur ce qui contribue à leur bonheur au travail, il y a fort à parier que vous obtiendrez des réponses très différentes, voire divergentes. Si la quête du bonheur est universelle, la définition de ce qu’est le bonheur au travail est encore bien loin de l’être.

Pas de bien-être possible (encore moins de bonheur au travail), sans évaluation fiable et préalable de la charge mentale au travail

Dans son article publié par Les Editions Tissot, Clémence RUELLE[4], rappelle l’importance de l’écoute psychologique en entreprise pour évaluer la charge mentale au travail et prévenir les conséquences néfastes, pour l’individu et l’organisation, d’une surcharge mentale. Tandis que “Les interventions de prévention au niveau primaire ont comme objectif d’éliminer ou de réduire les sources de stress présentes dans l’organisation (…), la prévention de second et de troisième niveau ciblent davantage les conséquences que les causes du stress au travail.”

Avant de parler de “bonheur au travail”, il serait donc certainement utile :

  • D’évaluer les impacts négatifs du stress sur la santé psychologique des individus.
  • Le cas échéant de :
    • limiter l’exposition aux facteurs stressants.
    • Supprimer les causes de stress.
    • Favoriser l’acquisition de meilleures habitudes de vie.
    • Diminuer les conséquences du stress sur l’individu.

Il peut s’agir par exemple de réduire la surcharge de travail, d’améliorer la communication, de favoriser la participation aux décisions dans l’organisation, etc.

Bonheur au travail dans une entreprise libérée, le summum de la promesse mensongère ?

Crédits : karelab.com

Liberté et bonheur peuvent être considérés comme des antonymes du mot travail. Le travail est déjà l’aliénation de la liberté de ne pas travailler. Etre libre en travaillant serait donc, au mieux un contre sens, au pire une référence à la phraséologie nazie des années 1930.

Le bonheur est le contraire de malheur mais la suppression des malheurs au travail ne conduit pas pour autant au bonheur au travail.

Selon Vincent BERTHELOT pour ce qui concerne le nouveau sujet très à la mode, celui de l’entreprise libérée, « tout cela ressemble à un plan social déguisé, gage de productivité rapide en économisant sur la masse salariale, et non pas en améliorant l’efficacité de chacun ni de l’organisation pour se développer et embaucher. »

L’entreprise pour se libérer, commencerait en effet par supprimer tous les niveaux hiérarchiques devenus superflus, c’est-à-dire le management intermédiaire. Plus d’agents de maîtrise ni plus de cadres de niveau inférieur. De quoi alléger considérablement le nombre de lignes dans les conventions collectives me direz-vous. Certes ! Ainsi, le salarié serait libéré d’un échelon pour interagir avec le pouvoir décisionnaire et, la direction pourrait s’affranchir de la masse salariale associée aux cadres intermédiaires. Pourquoi pas après tout. Les intéressés seraient, quant à eux, libérés de l’injonction paradoxale de faire toujours plus et mieux avec toujours moins de temps, de moyens et de reconnaissance. Finalement, cette logique plutôt simpliste pourrait tenir, jusqu’à ce que la direction soit alors immanquablement confrontée à la difficulté de la gestion en direct des salariés des bas échelons, et inversement.

Vincent Berthelot considère même que l’approche de l’entreprise libérée “est source de ‘violence sociale’ en raison du nombre de personnes qui préfèrent démissionner plutôt que d’être les bouc-émissaires des problèmes de l’entreprise”.

Quelle est la vocation de l’entreprise ?

« La vocation de l’entreprise est parfois définie comme l’idéal que l’on voudrait atteindre pour l’entreprise, il convient alors d’être conscient du décalage éventuel entre cet idéal et la réalité. », précise Jacques Antoine[5].

Parmi tous les buts qu’une entreprise peut poursuivre, la recherche du profit pour assurer sa pérennité, est une vocation qui transcende toutes les autres. Certaines personnes n’hésitent pas à affirmer que justement, la productivité s’accroît notamment au moyen de salariés heureux. Leur logique est la suivante : un salarié heureux est un salarié investi, engagé, fidèle et loyal (est-on loyal ou loyaliste ?) qui contribuera nécessairement à l’atteinte des objectifs. Le risque est, qu’en prônant et valorisant l’implication et l’investissement pour l’atteinte du bonheur de tous, l’on fabrique des salariés surinvestis, sujets à risque d’un burn-out. Selon Christophe Dejours, « la réalité, c’est que tout est fait pour que nous surinvestissions notre travail”[6].

La préoccupation du bonheur de l’employé pourrait être, en fait, celle déguisée de la productivité de l’entreprise, qui rappelons-le a pour vocation première d’assurer sa longévité en générant des profits. L’employé serait donc considéré, comme un outil (le meilleur moyen ?) pour atteindre les objectifs économiques. Puisque l’acception du bonheur au travail est très subjective et individuelle, l’entreprise fait mine de gommer les différences individuelles, tout en contribuant à la logique individualiste de la mise en compétition des personnes pour l’atteinte du bonheur au travail.

Qui peut bien vouloir vendre le bonheur au travail ? Coachs, consultants ?

Nous avons précédemment évoqué le fait que la conception du bonheur est subjective et individuelle. En conséquence, les personnes qui aspirent au bonheur de « tous » risquent d’imposer une vision particulière de ce qu’est le bonheur (leur propre conception du terme) et donc, de produire in fine, l’inverse de l’effet recherché, peut-être pas pour la majorité, mais du moins pour certains.

Admettez que les financiers de l’entreprise, par exemple, s’intéressent avant tout aux résultats financiers de l’entreprise, sans considération spontanée et prioritaire d’un bonheur au travail pour tous.

Crédits : beezandco.com

Pourquoi ? Parce que la vocation de l’entreprise n’est pas telle et aussi, que leur bonheur à eux, peut dépendre tout simplement des résultats de l’entreprise.

  • Soit, ceux-ci sont déjà satisfaisants et en ce cas, pour les convaincre de mener une démarche de bonheur au travail, il faudra leur garantir une évolution exponentielle de leur bonheur sans nuisance possible sur la performance de l’entreprise,
  • soit, les résultats de l’entreprise sont insuffisants et en ce cas, il faudra leur démontrer que le bonheur des salariés est un moyen assuré de redresser l’entreprise.
    Or, il n’existe aujourd’hui pas encore d’étude contrôlée établissant une corrélation scientifique entre « une démarche de bonheur au travail» menée et, une évolution financière significative de l’entreprise. Nous manquons de recul sur l’efficacité de ce type de stratégie. Est-il besoin de rappeler que la conjoncture n’est pas non plus propice…

« Le bonheur des uns ne fait pas forcément le bonheur des autres »

Crédits : pygmalioncommunication.com

Cependant, des voix s’élèvent pour mettre en avant le risque que, mettre l’accent sur le bonheur, pourrait bien conduire les salariés à se sentir malheureux (ce qui constituerait une stratégie contre-productive). En effet, des études[8] ont montré que les personnes qui cherchent à accroître leur bonheur se sentent plus seuls et malheureux. Deuxièmement, nous avons tendance à surestimer la possibilité d’éprouver du bonheur, mais aussi l’impact d’un changement sur notre niveau de bonheur.

En revanche, il est vrai que des expérimentations réalisées par Elton Mayo[9] nous ont appris que l’individu travaille mieux lorsqu’on lui porte de la considération. « Pour ce courant organisationnel, l’individu au travail se caractérise ainsi :

  • Il ne réagit pas directement aux conditions physiques qui lui sont faites, mais aux conditions telles qu’il les ressent en tant qu’individu social. Ses réactions sont donc en rapport avec sa motivation au travail, la cohésion du groupe dans lequel il est intégré et le style de commandement auquel il est confronté.
  • Il peut avoir plaisir à travailler, dès lors qu’il appartient à un groupe dans lequel il se sent bien ;
  • Il peut de plus se sentir utile au travail, lorsque l’encadrement est à son écoute et l’encourage à prendre des initiatives.
  • Baigné dans un tel environnement psychologique favorable, il est en capacité de s’intégrer à l’organisation et produit alors plus. »

Finalement, qui, le bonheur au travail arrange-t-il ?

  • Selon François Gueuze (et moi, je l’avoue), les consultants et les coachs qui se disent spécialistes du « bonheur au travail », et qui peuvent ainsi vendre leur « concept » tout en ayant l’illusion de contribuer utilement à la « libération de l’entreprise ».
  • De mon point de vue, sans doute pas les salariés, pour qui bonheur ne rime pas forcément avec travail. Tous les salariés n’adhèreront pas à la stratégie qui consiste à leur procurer du bonheur au travail. Il y a fort à parier que certains ressentiront une dissonance entre ce qui leur est demandé (être heureux au travail), et leur réalité. Le risque est, au terme du déploiement d’une telle politique menée sur quelques mois, de constater démotivation et frustration générée par la « promesse » d’un bonheur introuvable, finalement

Conclusion

Crédits: philosophie-spiritualite.com

En somme, il est à craindre que le bonheur au travail fasse le bonheur de beaucoup de monde, sauf celui de l’intéressé, le salarié.

J’ai travaillé pour rédiger cet article. Travailler sur un article traitant de ce sujet peut-il procurer du bonheur au travail ? Non. Si j’ai pu éprouver du plaisir à réfléchir, élaborer, écrire et terminer la tâche, je ne peux pas considérer que cela m’a rendue (plus) heureuse au travail. Pourtant, j’ai choisi de le faire, j’ai pris la liberté de l’écrire et, j’ai bénéficié de liberté pour m’organiser à le faire. Le travail rime ni avec liberté ni avec bonheur !

Cependant, si vous avez apprécié cet article et que vous le partagez, je serais sans doute heureuse de votre manifestation d’intérêt pour mes réflexions que je vous ai livrées avec plaisir !

Sources :

  • [1] Bonheur : Définition philosophique http://ow.ly/UW26f
  • [2] Bonheur : Définition philosophique http://ow.ly/UW26f
  • [3] Définitions : travailler – Dictionnaire de français Larousse http://ow.ly/UXsR9
  • [4] L’écoute psychologique en contexte de travail – Editions Tissot http://ow.ly/UVVFs par Clémence Ruelle
  • [5] Définition Vocation (d’une entreprise) – Le glossaire Emarketing.fr http://ow.ly/UXPq8
  • [6] Quand le travail nous dévore : La solution collective | Psychologies.com http://ow.ly/UXl7b
  • [7] JobSféric :: Des alternatives à “l’Entreprise libérée” http://ow.ly/UXBwP
  • [8] Hoe een geluksmanager u ongelukkig kan maken – De Standaard Mobile http://ow.ly/UXBf2
  • [9] Psychosociologie des Organisations, 2. Modèles comportementaux et Théories organisationnelles, 2.2.2 Elton MAYO et l’École des Relations Humaines (cf. Sciences Humaines n°52 de Juillet 1995, pp 37-39) http://ow.ly/UXHzE
  • [10] Le plaisir au travail http://ow.ly/UYtoj

Pour aller plus loin :

  • Liberté, Egalité & Bonheur Au Travail (août 2016 Éric-Jean Garcia, PhD sur Les Echos 
  • Against happiness | The Economist http://ow.ly/EW2T306l4ed
  • Zaouche GaudronChantal, Amiel Paule, Jouve Alain, Ruel Michel, « Introduction. Du Bonheur», Empan 2/2012 (n° 86), p. 10-11
  • Tourette-TurgisCatherine, Thievenaz Joris, « L’injonction au bonheur : l’impensé du travail du patient. », Empan 2/2012 (n° 86) , p. 18-23
  • La question de la charge mentale au travail – Editions Tissot http://ow.ly/UVVxW par Benjamin Chaillou
  • L’écoute psychologique en contexte de travail – Editions Tissot http://ow.ly/UVVFs par Clémence Ruelle
  • Quand le travail nous dévore : La solution collective | Psychologies.com http://ow.ly/UVoo9
  • Bonheur : Définition philosophique http://ow.ly/UW26f
  • JobSféric :: Des alternatives à “l’Entreprise libérée” http://ow.ly/UXBwP
  • Hoe een geluksmanager u ongelukkig kan maken – De Standaard Mobile http://ow.ly/UXBf2
  • Laurence Vanhee, ancienne directrice des ressources humaines de la Sécurité sociale belge: « Les salariés heureux sont plus productifs » | Pèlerin http://ow.ly/UY6B1
  • Qu’est-ce que le travail ? – Persée http://ow.ly/UW1WD
  • Wie staat in voor het geluk van werknemers? – Duurzame inzetbaarheid http://ow.ly/UW2j8
  • Psychosociologie des Organisations, 2. Modèles comportementaux et Théories organisationnelles, 2.2.2 Elton MAYO et l’École des Relations Humaines (cf. Sciences Humaines n°52 de Juillet 1995, pp 37-39) http://ow.ly/UXHzE
  • Effet Hawthorne sur Wikipédia: Etudes de sociologie du travail menées par Elton Mayo, Fritz Roethlisberger et William Dickson dans l’usine Western Electric de Cicero, la Hawthorne Works, près de Chicago de 1924 à 1932.
  • e-RH – L’attitude de la direction comme facteur de motivation http://ow.ly/UYrTS

Cet article a été rédigé par Carole Blancot avec la contribution d’Archana Sounthararajan et, sous le regard bienveillant de Vincent Berthelot et de François Gueuze 😉

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À propos de Carole Blancot

Carole Blancot est Président de SpotPink, conférencière, formatrice, auteure de plusieurs ouvrages, psychosociologue clinicienne, psychothérapeute (Numéro ADELI : 78 93 1059 6) & bloggeuse sur les thématiques RH et SIRH.
Elle possède 19 années d’expérience professionnelle dans les domaines de la gestion des ressources humaines, du SIRH et de la communication (dont 10 passées sein de Bureaux d’études techniques, cabinets-conseils et prestataires de services). Elle a (co)réalisé en 2015 la première étude portant sur le phénomène du FoMO et sur le niveau de dépendance des Français vis-à-vis des médias sociaux. Elle organise et anime plusieurs cures de détox. digitale chaque année, avec un accompagnement psychologique inclus.
Elle est co-auteur de quatre ouvrages spécialisés sur les médias sociaux et le Système d’Information en Ressources Humaines :
- Barféty, Jean-Marc, Berthelot, Vincent, Clémentine, Daniel, Geuze, François, Just, Bernard, Lebarbenchon, Anne, Scouarnec, Aline, de Vulliod, Claire-Marie, Blancot, Carole (dir.), Gaspardo, Patrick (dir.), 20 années de SIRH et de services RH, Tampere, Atramenta, 2017, 229 p., disponible aux formats PDF, EPUB et broché.
- Le cercle SIRH, Le SIRH Enjeux, bonnes pratiques et innovation, Paris, Edition Vuibert, 2017 [3e éd.], 448 p.
- Les ressources humaines numériques en 32 témoignages - RH, formation, marque employeur, mooc, Editions Kawa, 2015, 146 p. http://ow.ly/Qj6f30eYK43
- La communication de crise à l'heure des médias sociaux, Editions Atramenta, 2012, 100 p., disponible aux formats PDF, EPUB et broché.
- Inondé sous les e-mails, résistez !, Edition Hachette Pratique, Février 2013, 224 p.
Twitter : @CaroleBlancot

Commentaires

  1. Thuillier Christophe a écrit :

    Bonjour,
    Comme vous le dites parfaitement, personne ne détient la vérité absolue sur le bonheur et encore moins sur le bonheur au travail. Vous mettez en garde contre les consultants qui profitent de ce créneau pour en faire du business et vous avez raison pour une partie d’entre eux. On peut aussi dire que d’autres consultants profitent du contre-modèle de l’entreprise libérée pour également en faire un business! Alors comment s’y retrouver ? Peut-être en écoutant, sincèrement, les patrons d’entreprises qui veulent aller vers ces nouveaux modes et qui, au final, n’ont rien à vendre.

    Je voudrais à ce titre donner ma vision du bonheur au travail, sachant que je dirige une entreprise de 50 personnes et que j’ai mis le bonheur comme valeur fondatrice de mon entreprise.
    https://agesys.wordpress.com/2015/03/21/le-bonheur-comme-valeur-fondatrice-de-lentreprise/

    J’aime la notion de bonheur car elle est associée à la notion d’efforts et de volonté personnelle. Pour être heureux, il faut s’en donner les moyens, en avoir la volonté et de ce fait cela implique fortement le collaborateur dans son propre bonheur car personne ne peut obliger quelqu’un à être heureux et encore moins l’entreprise.

    S’intéresser au bonheur, pour une entreprise, c’est orienter sa stratégie en prenant en compte une dimension humaine forte, et sincère! Bien qu’il n’y ait pas de recette miracle pour le bonheur, il y a des conditions pour être plus heureux et vous en avez cité quelques-unes. Ce sont ces contextes sur lesquelles nous travaillons et l’un des premiers chantiers que nous avons lancé a été les risques psychosociaux ! D’autres point comme « être à l’écoute », dans le respect et la considération, construire un projet commun, monter en compétence, favoriser l’autonomie et la responsabilité sont d’autres contextes sur lesquels nous travaillons.

    Une démarche sincère :
    Les collaborateurs ne sont pas des idiots et une entreprise qui dit s’intéresser à leur bonheur pour, au final, les exploiter un peu mieux s’en rendent rapidement compte ! Une démarche sincère, dans les mots et dans les actes est donc essentielle pour réussir. C’est aussi une démarche commune avec les collaborateurs car dans ce domaine, impossible d’imposer. ?

    Une démarche difficile :
    Nous ne nous sommes jamais autant rendu compte du malheur de nos collaborateurs que depuis que l’on s’intéresse à leur bonheur. C’est un travail du quotidien et comme il faut aussi travailler sur les mentalités, cela prend du temps. Alors oui, vouloir que les gens soit heureux dans leur travail, ça n’est pas simple mais c’est un peu mieux chaque jour.

    Une démarche humaine :
    Nous mettons du cœur à bâtir ce projet et nous en voyons les bénéfices chaque jour. Tout n’est pas parfait et il reste beaucoup de chose à faire mais je pense qu’en tout cas, nous avons remis de l’humain dans l’entreprise et que les collaborateurs sont contents d’être dans cette démarche.

    Pour vraiment se faire un avis ?
    Ne vous contentez pas de lire les articles sur internet mais venez à la rencontre des chefs d’entreprises et les collaborateurs qui s’intéressent à ces démarches 😉

    Pour finir, un peu de bonheur pour vous et tous vos lecteurs :
    🙂 🙂 🙂 🙂
    🙂 🙂 🙂
    🙂 🙂
    🙂 🙂
    🙂

    • Bonjour Christophe et merci pour ce commentaire. J’ai repéré quelques fautes dans votre article et me permets de vous le signaler. Je ne suis pas sûre que le bonheur soit une valeur et encore moins que l’on puisse en faire une valeur d’entreprise… Que ferez-vous si, malgré tout, certains de vos salariés n’atteignent pas le bonheur : ils seraient considérés comme n’adhérant pas à la valeur fondamentale de votre entreprise ? Je ne me contente pas de lire des articles sur Internet contrairement à ce que vous affirmez 😉 En fait, je m’efforce de partager mes réflexions ce qui m’oblige à réfléchir et me permet d’inviter d’autres à le faire pour en débattre (ce que nous faisons actuellement ici). Je suis tout à fait disposée à venir sonder vos salariés sur ce que le bonheur dans votre entreprise leur évoque si vous m’y invitez.
      Je précise cependant, que plutôt que de parler de Bonheur au travail, je préfèrerais que l’on parle de Plaisir pris à travailler et d’enthousiasme au travail. Croyez-moi la sémantique est importante…
      Par ailleurs, vous reliez les notions de bonheur au travail et d’entreprise libérée et c’est précisément ce que je souhaiterais que l’on évite. Non, le salarié n’est pas libre, même si ses conditions de travail sont agréables. Non, l’entreprise n’est pas libre non plus dans le sens que sa vocation aliénante est justement d’assurer sa pérennité. Je recommande donc de la prudence en matière d’usage des termes de bonheur et de libération ou de liberté ! Pourquoi ne pas se réjouir de diriger une entreprise qui privilégie le bien-être au travail et se préoccupe de la qualité de vie au travail plutôt que de déclarer le bonheur au travail comme valeur fondamentale de votre entreprise libérée ? Libérée de quoi précisément au fait ?

      • Merci pour cette réponse Carole,
        Vous partagez vos réflexions et moi mon expérience, peut être ce qui explique la différence de point de vue 🙂
        La différence entre qualité de vie au travail (relation top down) et bonheur au travail (efforts communs pour être heureux) est bien au coeur de notre débat et c’est bien cette différence que nous faisons.
        La relation avec l’EL: la relation top down (qualite de vie au travail) est généralement prise en compte dans les entreprises pyramidales et le choix que fait le collaborateur d’être heureux (epanoui) dans son travail est plus approprié à l’EL ou aux entreprises horizontales ou aux entreprises démocratiques…
        Si vous êtes vraiment dans la construction, n’hésitez pas à prendre contact avec moi 😉

      • Pour illustrer mon point de vue:
        https://www.youtube.com/watch?v=d7u9DbLAa0k

      • Intéressant. En min 42:56 “très peu z épanouissant”, cela pique les oreilles Christophe. Etonnante faute de langage parlé de la part de cet homme qui est, au demeurant, intéressant. Cependant, vos propos n’illustrent pas les siens. Il me semble que vous les avez interprétés. De la même manière que le travail n’est pas une valeur morale, le bonheur au travail, s’il peut avoir du sens, ne peut pas non plus être une valeur morale !

  2. Jean Luc Bessonnet a écrit :

    Super article. On peut s’interroger sur les motivations de faire un tel boulot sans y être obligé. S’agirait-il d’un travail autotélique ?

    • Bonsoir Jean-Luc et merci pour ce commentaire et aussi l’usage du terme autotélique 😉 (mes acquis de Grec ancien sont très loin) ! Pour vous répondre, ma première motivation pour l’écrire a été de faire faire un peu de gymnastique à mon cerveau, à une époque où la consommation des biens et du savoir doit nécessairement être facile et instantanée pour être jugée valable et intéressante par le plus grand nombre… En fait, il a été assez gratifiant de ré-entraîner mes capacités de réflexion en recourant à la discussion philosophique ainsi qu’à des théories et concepts de psychologie et de sociologie. En revanche, à chaque fois que je débutais l’argumentation d’un sujet, des portes s’ouvraient pour en traiter un autre (ce qui explique la longueur de ce texte)… Ma seconde motivation a été celle de partager mon point de vue, pour inviter les autres à réfléchir à un sujet sur lequel ils ne se seraient pas spontanément attardés sans la lecture de mes idées. Ma dernière motivation était, je l’avoue, celle de ne pas faciliter la tâche des vendeurs de bonheur en mal de business et fâchés avec l’éthique. Ce type de billet mobilise beaucoup d’énergie et de temps, mais reste valable du point de vue de la gratification de ces 3 motivations et aussi, de la réception de commentaires tel que le votre. Bonne soirée.

  3. Rohmer Bernard a écrit :

    C’est très intéressant de lire ce type d’article qui philosophe très savamment sur le bonheur au travail, ne dit que des choses sensées et logiques (le bonheur est une affaire complexe qui ne se résout pas à une définition) et d’entendre les salariés des entreprises visées déclarer spontanément qu’ils sont heureux de travailler dans cette entreprise. Soit il faut les dissuader de cette expression sentimentale trop hâtive et les convaincre que le bonheur ce n’est pas ça, soit on peut les entendre et comprendre ce qu’ils veulent dire de tout simple derrière cette phrase lapidaire : on leur a enlevé suffisamment de contraintes inutiles et ils sont suffisamment acteurs de leur quotidien pour pouvoir dire “je suis heureux de venir travailler le matin”. Ça n’entre peut-être pas dans les définitions du bonheur académique mais il me semble que c’est entendable.

Rétroliens

  1. […] Il est à craindre que le bonheur au travail fasse le bonheur de beaucoup de monde, sauf celui de l’intéressé, le salarié.  […]

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