Gif-Detox-digitale

Réseaux sociaux d’entreprise: enjeux, fonctionnalités et marché

[Le contenu qui suit est un extrait du chapitre 17 du livre Le SIRH – Enjeux, projets et bonnes pratiques“, Cercle SIRH, Vuibert, dont la 3ème édition paraîtra en 2017].
Merci à Arnaud Rayrole, Directeur général, Lecko, d’avoir accepté de répondre à nos questions et de livrer son expertise sur le marché des Réseaux Sociaux d’Entreprise pour les besoins de la rédaction de ce contenu.

Qu’est-ce qu’un réseau social d’entreprise ?

Un réseau social d’entreprise est l’équivalent d’un réseau social utilisé par le « grand public » à la différence que le réseau social d’entreprise (RSE en français ou ESN en anglais pour Enterprise Social Network) est un groupe constitué de personnes physiques et morales réunies par un dispositif de réseautage social, au sein d’un organisme. Le réseau social d’entreprise est sécurisé et garantit la protection et la confidentialité des données des entreprises et des professionnels utilisant les services du réseau. La sécurité est fondée sur l’authentification et la vérification des membres du réseau ; le chiffrement des communications est effectué de bout en bout du réseau, y compris entre une entreprise et ses clients.

Fonctionnalités des réseaux sociaux d’entreprise

L’ambition des réseaux sociaux d’entreprise est de faire face au problème de la profusion des outils et canaux de communication, en regroupant un maximum d’applications et en rationalisant les différents usages numériques, ainsi que les sources d’information.

Les réseaux sociaux internes aux entreprises répondent à plusieurs enjeux :

  • Simplifier l’accessibilité et l’échange d’informations entre les collaborateurs.
  • Accéder à des espaces dédiés aux initiatives personnelles et collaboratives au sein de l’entreprise et rendre visibles celles-ci.
  • Créer du lien social entre les salariés, avec des prises de contact simples et moins formelles.
  • Favoriser les projets collaboratifs en mettant en place des plateformes permettant le partage, le stockage et la modification multi participative de différents types de documents et de communications.
  • Diversifier les interactions entre les collaborateurs avec la mise en place de rubriques d’entraides et de groupes d’activités (sportives et associatives) en marge des activités de l’entreprise.

Usage des RSE en entreprise

(Source[5]: Etat de l’art des réseaux sociaux d’entreprise, RSE tome 8 – Équiper et stimuler son organisation pour se transformer (janvier 2016), Page 39 http://ow.ly/uAA9306lVJ0)

  • Du point de vue culturel et organisationnel, le réseau social d’entreprise a pour enjeu de permettre un fonctionnement partagé et collaboratif au sein de l’entreprise.
  • Du côté du salarié, il offre la possibilité de gérer son profil en ligne, de promouvoir ses réalisations, de libérer son expression et de communiquer avec d’autres en toute transparence (puisqu’à chaque contribution sont associés une identité et un visage).
  • Du côté de la DRH, le RSE permet de mieux connaître les souhaits des salariés (afin de mieux répondre à leurs attentes), d’effectuer une veille permanente avec une vue globale de l’entreprise, et de contribuer à une entreprise plus communicante et apprenante. Certains y voient l’opportunité de prendre des décisions plus éclairées et susceptibles d’entraîner le consensus (grâce aux expertises partagées par les uns et les autres) tout autant que de valoriser le processus d’innovation et de concertation.
  • Du côté des managers, la crainte peut-être que le contrôle managérial soit rendu inopérant voire désuet par le biais d’une plate-forme horizontale d’échanges informels qui favorise l’autonomie et la responsabilisation tout en facilitant la prise de décisions opérationnelles. Nous pouvons formuler l’hypothèse que ceci expliquerait peut-être en partie le faible engouement des managers à l’égard des réseaux sociaux (voir plus bas). Il est vrai qu’à l’heure de l’aplatissement des organigrammes, l’information ne se maîtrise plus de la même façon que dans le passé. La logique pyramidale et descendante vole en éclat dans les entreprises qui parviennent à adopter une culture collaborative. Une fois ladite crainte dépassée, les managers qui s’impliquent dans le développement des usages et l’appropriation du RSE par les membres de leur équipe, pourront logiquement en retirer les mêmes bénéfices que les professionnels RH.

RSE et managers(Source[5]: Etat de l’art des réseaux sociaux d’entreprise, RSE tome 8 – Équiper et stimuler son organisation pour se transformer (janvier 2016), Page 10 http://ow.ly/uAA9306lVJ0)

Le marché des RSE (Réseaux Sociaux d’Entreprise)

Apparus il y a environ 10 ans dans la panoplie des outils du travailleur connecté, les réseaux sociaux d’entreprise ont peu à peu conquis les entreprises.
Le cabinet d’études PAC (Pierre Audouin Consultants) évaluait à 7 millions d’euros, le chiffre d’affaires généré par les 10 premiers éditeurs français de solutions sociales et collaboratives en mode SaaS. Cette estimation était un peu plus basse que celle du cabinet Lecko qui évaluait de son côté le marché français du RSE en mode SaaS à un peu plus de 9 millions d’euros (Source[1]).
Selon Lecko, le marché des RSE était estimé à 40 millions d’euros en 2013 et représentait 56 millions en 2014. Arnaud Rayrole précise que si la 8ème (2015) et la 9ème édition (2016) de l’état de l’art publié chaque année par Lecko ne comporte désormais plus d’indication sur le volume financier de ce marché, c’est parce que cet indicateur est insuffisant pour caractériser la croissance de ce marché et des usages sociaux qu’il permet. Il suffit de noter que la start-up Canadienne Slack a levé un total 540 millions de dollars depuis sa création en 2013 et qu’elle a été valorisée 3,8 miliards de dollars en avril 2017[2] pour se rassurer sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un marché de niche. Du reste, Microsoft a bien acquis Yammer en 2012[3] pour 1,2 milliard de dollars et, Facebook s’essaie même à un Facebook pour les pros en 2016 avec Workplace by Facebook (initialement Facebook@Work)[4].
Les usages collaboratifs seraient-ils un produit d’appel intéressant pour des mastodontes qui cherchent à se renouveler/diversifier en surfant sur la vague de la transformation numérique des entreprises ?
Marché des RSE

(Source[5]: Etat de l’art des réseaux sociaux d’entreprise, RSE tome 8 – Équiper et stimuler son organisation pour se transformer (janvier 2016), Page 56 http://ow.ly/uAA9306lVJ0)

Pour appréhender ce marché et évaluer la progression annuelle des usages sociaux et collaboratifs, Lecko nous apprend que 80% des entreprises du CAC 40 ont au moins un RSE en 2015[5]. En revanche, seulement 25% des managers utilisent quotidiennement leur réseau social d’entreprise[6].

Si la conquête des entreprises par les éditeurs de RSE s’est effectuée avec plus ou moins de succès, c’est parce que l’adoption de nouvelles pratiques par une majorité des membres d’une organisation est conditionnée par le fait que l’entreprise puisse effectivement devenir collaborative. Ceci implique non seulement, l’inauguration de nouvelles pratiques managériales, mais aussi le besoin ou l’engouement des utilisateurs. L’un va difficilement sans l’autre. Les entreprises qui ont échoué dans la mise en place d’un réseau social d’entreprise sont celles qui ont pêché par un défaut de stratégie, de leader (légitime) ou de vision prospectiviste et, finalement, qui n’ont pas su se transformer à la vitesse que pouvait le permettre le nouvel outil. Par ailleurs, sans l’assentiment des professionnels RH, ce type de projet d’implémentation est voué à l’échec. Certains diront qu’ils ont tardé à s’acculturer à ces nouvelles logiques de fonctionnement, d’autres se souviendront que les professionnels RH ont des objectifs opérationnels à atteindre. Tant que le réseau social d’entreprise (qualifié de SI social par les spécialistes) ne sera pas totalement ni parfaitement relié au SIRH, il ne faudra pas s’attendre à des miracles de la part des professionnels RH qui ne sont pas (encore) aussi efficaces que des robots lorsqu’il s’agit d’exploiter des données issues de différentes bases de données. Ces professionnels apprécieraient donc que les éditeurs de RSE et de SIRH s’entendent pour mettre en place des connecteurs qui seraient utiles à certains processus RH.

Matrice diffusion et circulation de l'information

(Source[5]: Etat de l’art des réseaux sociaux d’entreprise, RSE tome 8 – Équiper et stimuler son organisation pour se transformer (janvier 2016), Page 69 http://ow.ly/uAA9306lVJ0) 

Exemples de réseaux sociaux d’entreprises (liste non exhaustive) :

  • Slack est une plateforme de collaboration lancée en 2014 qui centralise des applications de gestion de tâches, d’information, d’archivage, de communication et de recherche de contenu, en regroupant en un seul lieu, les travaux, liens et conversations provenant de nombreuses autres applications. Slack permet aux employés et aux individus de suivre l’avancement de différents projets de manière moins fragmentée et en limitant l’usage du courrier électronique. Slack est utilisé dans des entreprises telles que Airbnb, Buzzfeed, New York Times, Adobe et eBay. Une application mobile gratuite (pour appareils Androïd et Apple) fournit toutes les fonctionnalités de l’interface.
  • Yammer : Lancé le 08/09/2008 Yammer a été racheté par Microsoft le 25/06/2012 qui le propose dans son pack Office 365 tout comme SharePoint. Yammer fonctionne sur le principe du freemium (avec une mise en place et un service de base gratuits) puis des versions premium payantes (environ quelques euros par utilisateur et par mois). Yammer est unréseau social interne pour une entreprise ou une communauté spécifique. Puisque l’accès au réseau Yammer est déterminé par le nom de domaine de l’utilisateur, pour s’y connecter, il est impératif de disposer d’un e-mail dont la structure contient le nom de domaine de l’entreprise, de l’organisation ou de la communauté. Son interface très proche de Facebook le rend intuitif, son intégration à SharePoint en fait un outil pour travailler en réseau avec ses collègues. Yammer est utilisé par des entreprises telles que Adecco, Crédit Agricole SA, BeWe, Longchamp, Capgemini et AdeRHis.
  • Jamespot : Créé en 2005, Jamespot est identifié comme une solution de réseau social d’entreprise permettant le pilotage d’activité en mode collaboratif, en plus de proposer des fonctionnalités de communication et de collaboration en équipe. Les environnements de communication sont personnalisables. Jamespot compte parmi ses clients des entreprises ou organisations telles que SNCF, Caisse d’Epargne, Sephora, Renault, Anact, Pôle emploi et CFDT.
  • TalkSpirit : créée en 2004, TalkSpirit est une solution de communication et de collaboration disponible sur le Web ainsi que sur smartphone et tablette utilisée dans des entreprises telles que Société générale, Office National des Forêts, Squad, Orange et ESSEC.
  • Knolewdge Plaza : créée en 2008, est une plateforme de gestion de connaissances adoptant une approche sociale et collaborative. PMU, L’OREAL, Bouygues, LafargeHolcim et SNCF utilisent Knolewdge Plaza.
  • eXo Plateform : créée en 2003, la solution eXo Plateform est une solution d’intranet social prête à l’emploi proposée en Open source. Elle offre des fonctionnalités collaboratives et sociales et de CMS (Content Management System). Cet outil est utilisé dans des entreprises telles que CAIXA, CITET, UNICEF, HSBC, AXA et Mutavie.

Conclusion

La mise en place d’un réseau social d’entreprise ne peut être se résumer à l’insertion d’un nouvel outil dans le système informatique d’une organisation. L’enjeu est bel et bien de mettre en place un système d’information social pour développer et valoriser un des différents types de capitaux de l’entreprise, le capital social qui repose sur le capital humain et permettrait de contribuer au capital technique tout en optimisant le capital financier de l’entreprise.
Pour en optimiser les avantages, son implémentation se base sur une structuration (ou une restructuration) du mode de fonctionnement de l’entreprise, y compris des mécanismes culturels de celle-ci. De par la flexibilité de leurs formes et de leurs fonctionnalités, les réseaux sociaux d’entreprises s’intègrent de façon non uniforme dans les organisations, plus ou moins rapidement et, plus ou moins facilement.

Sources et liens utiles pour aller plus loin :

Contacter la rédaction

SpotPink

Ce formulaire vous permet d'envoyer un mail au webmaster de ce blog.
* indique un champ requis

Types de fichiers autorisés: doc,pdf,txt,gif,jpg,jpeg,png.
Taille maximale des fichiers: 4mb.

À propos de Carole Blancot

Carole Blancot est Président de SpotPink, conférencière, formatrice, auteure de plusieurs ouvrages, psychosociologue clinicienne, psychothérapeute (Numéro ADELI : 78 93 1059 6) & bloggeuse sur les thématiques RH et SIRH.
Elle possède 19 années d’expérience professionnelle dans les domaines de la gestion des ressources humaines, du SIRH et de la communication (dont 10 passées sein de Bureaux d’études techniques, cabinets-conseils et prestataires de services). Elle a (co)réalisé en 2015 la première étude portant sur le phénomène du FoMO et sur le niveau de dépendance des Français vis-à-vis des médias sociaux (Cf. résultats de l'étude). Elle organise et anime plusieurs cures de détox. digitale chaque année, avec un accompagnement psychologique inclus.
Elle est co-auteur de quatre ouvrages spécialisés sur les médias sociaux et le Système d’Information en Ressources Humaines :
« Communication de crise à l’heure des médias sociaux », publié par Atramenta en 2012.
« Inondé sous les e-mails, résistez ! » publié aux Éditions Hachette en 2013.
« Le SIRH enjeux, bonnes pratiques et innovation », dont la 3ème édition est publiée en 2017 par Le Cercle SIRH aux Éditions Vuibert.
Ouvrage collectif à l’initiative de NGA Human Resources (2017) « 20 années de SIRH et de services RH », Atramenta.
Twitter : @CaroleBlancot

Rétroliens

  1. […] Réseaux sociaux d’entreprise: enjeux, fonctionnalités et marché, où en est-on en 2017 ? […]

  2. […] Les réseaux sociaux d’entreprise (RSE), constituent un espace d’expression réservé aux membres d’une entreprise ou organisation, ils démultiplient l’interactivité et permettent aux membres de mieux se connaître et notamment de partager aisément des documents, expertises, questions… Ils installent aussi une nouvelle hiérarchie d’influence. […]

  3. […] [Le contenu qui suit est un extrait du chapitre 17 du livre “Le SIRH – Enjeux, projets et bonnes pratiques“, Cercle SIRH, Vuibert, sept. 2012″ dont la 3ème édition paraîtra en 2017]. Merci à Arnaud Rayrole, Directeur général, Lecko, d’avoir accepté de répondre à nos questions et de livrer son expertise sur le marché des Reseaux …  […]

error: