Formidable Open Space… par @Andrade_Valerie

812383_28910388Le collectif ne se réinventera pas dans l’entreprise, du moins pas dans les conditions d’aménagement des espaces de travail tels qu’ils se développent.
Quand un projet est motivé par la chasse drastique des coûts, l’humain est secondaire et les relations au travail en pâtissent.
Pourtant, les projets et les ouvertures d’open space fleurissent autour de nous.
Ces espaces vont-ils vraiment  remplacer le bureau classique ?

A part de beaux discours édulcorés, aucune étude sérieuse n’indique que les open space génèrent les bénéfices escomptés : aucun retour de performance sur l’amélioration de la coopération et la communication entre les équipes ou encore la productivité des salariés et de l’entreprise. Plus encore, c’est bien l’inverse qui se confirme. Si l’open space est un retour un arrière, il daterait du moyen-âge(*1),  alors aujourd’hui, les véritables innovations sur l’aménagement de nos espaces de travail se trouvent bien plus,  à l’extérieur de l’entreprise, qu’en son sein.

Des enjeux immobiliers

L’immobilier est le second poste de dépenses des entreprises (*2). Les premières économies générées par la renégociation des baux depuis la crise financière de 2008 n’ont été que le départ d’une chasse aux coûts réussie qui semble sans fin. Le poste de Directeur Immobilier en entreprise est même devenu un poste stratégique, « Plus des trois quarts [des entreprises] ont engagé depuis ces trois dernières années un plan de réduction et de rationalisation des coûts immobiliers » (*2).

Puisque l’espace coûte cher, il suffit de le réduire ! C’est fait ! Ou c’est en cours… « l’espace par poste de travail est ainsi passé de 25 m2 en moyenne dans les années 1970  à 15 m2 aujourd’hui, à production égale » dévoilait un article du Monde (*1). Des chiffres qui pourraient aller en s’empirant, d’autres constats effectués en juin 2013 avançaient un poste de travail de 5/6 m2 (*3). On comprend déjà pourquoi les salariés sont en souffrance et combien la réduction de l’espace se fait au détriment du confort.

Et les économies ne sont pas des moindres, l’article d’Anne Rodier (*1) révélait qu’une entreprise «… a ainsi réduit de 60 % les coûts de maintenance, de 50 % ses coûts de transport et de 45 % le nombre de mètres carrés de bureaux. »

Dans un contexte économique qui reste difficile, l’intérêt de telles économies est considérable… reste à savoir comment ces sommes sont réinvesties.

Bon, c’est un fait, le bureau seul n’a plus la côte. A moins d’être membre du comité exécutif, auquel cas, il est possible que les précieux mètres carrés qui seront mis à disposition, entre 16 et 30 m2, seront aménagés à notre guise. Un catalogue nous sera remis et nous aurons carte blanche pour choisir notre mobilier, refaire la décoration et disposer le tout à votre goût. C’est vrai, nous n’allons quand même pas garder le mobilier de notre prédécesseur, un membre du comité exécutif incarne, en grand leader, le changement.

Port du casque obligatoire

0Si nous ne sommes pas un membre du comité exécutif, attendons-nous plutôt à devenir l’objet du changement. Inutile de s’attacher aux matériels ou aux mètres carrés car l’open space s’installe massivement et durablement dans nos bureaux. L’homme est malheureusement passé au second plan.  On ne lui laisse guère le choix, il est tout simplement déplacé et réaménagé dans un nouvel espace quelque peu bruyant et stressant.

Voici 3 exemples qui en témoignent :

« Le bruit, la plaie : Il y a un impact sur la santé et sur le collectif de travail. La problématique du bruit est importante, les salariés ont beaucoup de mal à se concentrer, ils sont régulièrement interrompus dans leurs activités ce qui occasionnent une charge cognitive importante. A cela s’ajoute un bruit de fond continu qui est épuisant. Bon nombre de salariés se disent davantage fatigués dans ce type de configuration. » (*3)

« … selon Jungsoo Kim et Richard de Dear, deux chercheurs de l’université de Sydney (*4), ce qui dérange le plus les travailleurs ce n’est ni le désordre des autres, ni le manque d’espace personnel ni même le niveau sonore en soi. Le vrai problème c’est le manque d’intimité sonore.» (*5)

« Entre une difficulté à réaliser son travail, une fatigue lancinante, un collectif amoindri, on a la beaucoup d’ingrédients pour créer des conditions de travail délétères qui vont générer du stress. » (*5)

Le stress qui lui-même engendre d’autres maux et complète la liste « Parmi les principaux maux cités par les salariés, viennent d’abord les douleurs au dos (59 %), aux yeux (35 %), à la nuque (35 %) puis à la tête (34 %). » (*6)

Les relations au travail se tendent

Source : http://rires.blog.lemonde.fr/files/2013/10/openspace413_DanAucante1.jpg

Cliquer sur l’image pour accéder à la source.

Une pièce de théâtre intitulée Open Space (*7) traite avec brio notre sujet et tout particulièrement les relations entre collègues. En spectateur de cette compagnie d’assurances fictive, je dois avouer avoir bien ri. J’ai aussi été touchée par la tendresse qui se dégage des échanges entre les personnes. Pourtant, à bien y regarder de l’extérieur, ce qui est le plus absurde, c’est ce que l’homme est capable de faire ou de devenir  quand il est contraint … parfois jusqu’à la rupture. Les petits coups en douce entre collègues, la transparence totale du râleur qui a perdu toute crédibilité et toute écoute et d’autres encore que je vous laisse le plaisir de découvrir si vous allez voir cette pièce très réussie.

10 types de comportements (*8) peuvent devenir un véritable calvaire quand les salariés sont disposés en open space, l’auteur de cette liste a par ailleurs positionné un indice de pénibilité sur chacun de ces comportements horripilants.

Finalement, c’est presque idiot de réaliser que les problèmes relationnels mineurs que nous connaissons finalement tous, sont démultipliés avec la réduction de l’espace et de l’intimité des salariés, les comportements sont amplifiés par l’effet de scène qu’offre cet aménagement de l’espace.

Pourtant, les relations avec les collègues sont le 1er élément constitutif de la qualité de vie au travail, comme le confirme cet extrait de l’infographie résumant les principaux résultats du baromètre Actinéo/ CSA (*9) :

2

Source : Extrait infographie Baromètre 2013 Actineo/ CSA

Un projet pour le collectif Entreprise

Il est intéressant à ce stade de s’intéresser aux effets de nos conditions de travail. Une étude de l’ANACT (*10) révèle les impacts de nos conditions de travail sur la santé et la productivité des salariés :

Ainsi, pour plus de neuf salariés sur dix, une bonne qualité de vie au travail a un impact fort sur l’engagement des salariés (96%), sur l’ambiance de travail et les relations dans l’entreprise (96%), la qualité du travail réalisé (95%), la santé des salariés (94%) et la productivité (91%).” Des conditions qui ne semblent pas contribuer aux enjeux de performance recherchés par l’entreprise ou l’excellence attendue par des clients toujours plus exigeants.

Mais comment peut-on avoir l’idée saugrenue de dégrader un des points de satisfaction des salariés ! Même quand on définit une stratégie Lowcost, c’est le 1er point de vigilance à surveiller !

D’ailleurs le salarié ne veut pas nécessairement un bureau seul, 38% des salariés partagent déjà des bureaux de 2 à 4 personnes (*9) dans des conditions qu’ils jugent satisfaisantes.

Quelqu’un a-t-il pensé à interroger les salariés, à écouter ses besoins ? Qui mieux que les salariés eux-mêmes ne sauraient définir les espaces de convivialité et de coopération appropriés ?

Vous, par exemple, je persuadée que vous avez un avis sur votre espace café, votre restaurant d’entreprise, vos salles de réunion…

La qualité de vie au travail est le 2e critère de la satisfaction personnelle le plus important pour le salarié, juste après l’intérêt au travail et avant la rémunération.

3Source : Extrait infographie Baromètre 2013 Actineo/ CSA

Par ailleurs, dans les résultats du  baromètre sur la qualité de vie au bureau (*9),  la localisation du travail, même si elle n’arrive qu’en 5e position, est un critère à ne pas négliger.
Et toucher à la qualité de vie et à la localisation des bureaux, c’est risquer de modifier le contrat social qui lie le salarié à son entreprise.

Alternatives

Alors si la théorie de l’évolution de Charles Darwin, est plus que jamais d’actualité comme le démontre Pascal Picq dans ses différentes interventions en entreprises, il est probable que ceux qui s’adapteront vraiment resteront peu de temps dans cet environnement néfaste.

Regardons comment l’homme s’adapte et innove.

Je vous passe les chantiers santé, programmes et innovations en tout genre qui restent concentrés sur le fait de « panser » le mal. A part peut-être et pour le fun, cette innovation qui a retenu mon attention : un bureau/ tapis de course intégré. (*11)

Certains lieux de convivialité existent déjà dans l’entreprise. Les résultats du dernier baromètre Actinéo/ CSA (*9) sur la qualité de vie au bureau révèlent que les lieux de convivialité vu par les salariés sont : « 78% l’espace café et à 65% la salle de réunion », notons au passage que ce ne sont pas des bureaux.

Autour d’un projet ou d’une réunion, pourquoi ne pas avoir recours aux espaces de coworking ? Ils se multiplient dans les grandes villes de France et certains d’entre eux proposent des services innovants qui méritent le détour ou pourquoi pas, un KFÉ. (*12)

Faciliter le nomadisme est une des alternatives clé. La 3e édition de l’observatoire des DRH et de l’e-transformation (*13) évoque le fait que 82% des entreprises fournissent des outils permettant le nomadisme et 67% des entreprises seraient prêtes à offrir aux salariés un accès à des applicatifs métier en situation de nomadisme. Une fois cette étape réalisée, les formes de travail à distance peuvent être multiples : travail à domicile, les tiers lieux, espaces de coworking. Ces nouveaux espaces de travail flexibles, partagés et connectés se développent massivement en France et les auto-entrepreneurs sont les premiers à constater les nombreux bénéfices qu’ils procurent.

Par ailleurs, la mise en place d’un réseau social d’entreprise est aussi un formidable levier pour transformer la manière dont les personnes communiquent et coopèrent entre eux, ils viennent en soutien pour le salarié nomade et lui permettent de rester connecté avec l’entreprise.

Enfin, comme l’indiquait un très bon papier d’Entreprise et Personnel, « Ainsi, l’entreprise se « déspatialise » favorisant l’émergence de lieux de travail mixtes mêlant locaux traditionnels, domicile et tiers-lieu de travail. » (*14).  Il n’existe en effet pas de solution miracle et bien des solutions multiples, adaptées au contexte, aux métiers, aux profils des salariés. Un peu de marketing au préalable sera sûrement le meilleur conseil qu’on puisse nous donner pour mener à bien ces différentes alternatives.

Le développement massif des open space ne profite ni à l’entreprise ni au salarié. L’une perd en performance faute d’une productivité en baisse, l’autre perd en motivation et augmente sa fatigue et son stress. A l’heure où la relation client et  service sont de mise,  quand on en aura fini de tous les plans d’économies drastiques, il ne restera que les hommes. La somme de leurs potentialités individuelles pourrait bien résoudre les problématiques générées par ces aménagements et révéler des alternatives participatives, co-construites et adaptées. Pour arrêter cette spirale, en complément des nombreux articles dans les médias qui nous éclairent chaque jour sur le sujet, ce sera au tour des salariés de se faire entendre.

Sources & liens utiles :

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Auteure de cet article :

Valérie Andrade

Valérie Andrade est diplômée d’une école de commerce, spécialité Marketing Stratégique, renforcée par les CESA HEC, Direction Marketing, puis Stratégie de Communication et corporate réputation. Valérie a développé son expertise en matière de Paie, de Gestion du temps et des Ressources Humaines au sein d’un groupe international, leader sur son marché. Durant son parcours, elle a changé à trois reprises de métiers d’abord ingénieur commercial, elle a ensuite été responsable marketing puis, directeur marketing et communication. Passionnée par les ressources humaines et notamment par les usages qui viennent transformer la fonction, elle participe à différents travaux qui viennent progressivement moderniser le travail en entreprise et le quotidien des salariés. Twitter : @andrade_valerie

Carole Blancot About Carole Blancot

Carole Blancot est conférencière, formatrice, co-auteure de plusieurs ouvrages, blogueuse, psychosociologue clinicienne psychothérapeute (Numéro ADELI : 78 93 1059 6), IPRP (n°IDF/2018/34), présidente de SpotPink (agence de communication pour les acteurs des domaines RH et SIRH), et DPO (Désignation CNIL : N° DPO-37620 et N° DPO-37624).
Elle intervient par exemple en entreprise pour faciliter la négociation du droit à la déconnexion et la mise en œuvre des outils et des mesures de régulation associées. Elle met aujourd'hui son passé de consultante RH au service d'interventions psychosociologiques dans des contextes qui sont parfois compliqués. Elle maîtrise les tenants et aboutissants du RGPD. Par ailleurs spécialiste de la production de contenu pour les sujets traitant de la gestion des RH, du SIRH (Système d’Information en Ressources Humaines) et des médias sociaux, elle a (co)réalisé en 2015 la première étude portant sur le phénomène du FoMO et sur le niveau de dépendance des Français vis-à-vis des médias sociaux. Twitter : @CaroleBlancot

Comments

  1. Article très intéressant, que je partage.

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