Un #SIRH accessible est d’abord un SIRH intuitif pour tout le monde

#SIRH accessibleTous les logiciels d’Altays sont accessibles aux malvoyants et aux non-voyants.

C’est cette phrase prononcée par Yann Guezennec, président de la société Altays, au détour d’une conversation, presque par hasard, qui m’a donné l’idée de réaliser cette interview.

Pour être honnête, je ne m’étais jamais vraiment posé la question. Je me disais vaguement que cela ne devait pas poser de problème particulier, puisque je n’en entendais pas parler.

Or, avec la prolifération massive des supports logiciels et des applications professionnelles, l’accessibilité aux outils par des personnes souffrant de troubles de la vue, est un enjeu majeur d’accès à l’emploi.

La suite Office, les principaux navigateurs, les systèmes d’exploitation et les logiciels très grand public sont conçus pour être accessibles mais, qu’en est-il des autres outils, ceux qui sont utilisés tous les jours par les salariés ?

Thomas Labregère: Yann Guezennec, merci d’avoir accepté cette interview. Rendre un logiciel accessible aux non-voyants ou aux malvoyants en quoi cela consiste-t-il ?

Yann Guezennec: Les personnes souffrant de ce type de handicap doivent pouvoir utiliser nos solutions aussi simplement et efficacement que possible. Cela se traduit par trois contraintes majeures lors de la conception.

Les deux premières sont liées à la nature du handicap :

  • Pour les non-voyants, l’accessibilité signifie que le logiciel est traduisible via des tablettes brailles ou des synthétiseurs vocaux qui lisent les textes.
  • Pour les malvoyants, il ne s’agit pas de remplacer l’écran mais de le rendre plus lisible. De plus, il existe diverses formes de pathologies. L’interface doit donc être construite pour être paramétrable en termes de contrastes, de couleurs, de taille et que les écrans soient compréhensibles rapidement.
  • La troisième contrainte est la plus importante. L’interface doit d’abord être intuitive aux voyants. On ne peut pas faire un logiciel accessible aux malvoyants s’il n’est pas déjà simple à utiliser par les voyants.

 T.L: Cela concerne-t-il tous vos logiciels ?

Y.G: Oui, depuis 2007, tous nos logiciels répondent à ces caractéristiques. C’est l’année ou nos produits ont rencontré leurs premiers utilisateurs non-voyants. Dans le cadre d’un projet pour Gaz de France (Engie) nous avons eu connaissance des difficultés qu’ils rencontraient avec nos solutions.

Nous sommes allés à leur rencontre, ils nous ont expliqué ce qui posait problème et l’enjeu que représentait l’accès aux logiciels professionnels dans leur travail quotidien. Nous avons compris que nous avions un rôle à jouer pour que nos solutions ne participent pas à l’exclusion et l’isolement des travailleurs malvoyants, les éloignant toujours un peu plus de l’accès à l’emploi.

Nous avons donc pris l’engagement de rendre nos solutions accessibles au plus grand nombre.

“Je n’entends pas le bouton vert dont vous me parlez”.

T.L: Concrètement, qu’est-ce que cela implique ?

Y.G: Tous nos collaborateurs sont sensibilisés et tous nos développeurs sont formés, particulièrement les intégrateurs et les ergonomes. Chaque interface est pensée et revue sous l’angle d’une accessibilité intuitive.

En termes d’investissement, cela représentait au début 20% de coûts supplémentaires à nos développements. Aujourd’hui ce surcoût est tombé à 10%, je pense que c’est une limite incompressible pour rendre un logiciel accessible.

Cette exigence se retrouve à tous les niveaux de nos process, de la conception aux tests. Pour autant, ce ne sont pas des investissements à perte puisque cette démarche garantit une grande simplicité d’utilisation pour tous nos utilisateurs.

Ensuite, cela demande de travailler en proximité avec eux. Nous sommes très attentifs à leurs retours. C’est difficile, voire impossible, de comprendre certaines problématiques liées à ce handicap sans travailler au plus près des personnes concernées. Discuter d’une interface par téléphone par exemple peut vite donner lieu à des incompréhensions cocasses : “je n’entends pas le bouton vert dont vous me parlez”.

Petit à petit ces contraintes se sont transformées en bonnes pratiques puis en réflexes acquis aujourd’hui par l’ensemble de nos collaborateurs.

T.L: Justement, quel impact cela a-t-il sur les équipes?

Y.G: Les équipes se retrouvent dans cet engagement. C’est une valeur partagée par tous qui donne du sens à notre travail : l’impératif de simplicité et l’accessibilité pour tous. C’est désormais inscrit dans l’ADN d’Altays et nous ne faisons aucune concession quelle que soit les difficultés que cela peut engendrer.

T.L: Pour préparer cette interview, j’ai cherché des informations sur votre site et dans vos publications et j’ai trouvé peu de choses sur le sujet. Vous ne faites pas de marketing ? C’est pourtant une valeur ajoutée à vos logiciels…

Y.G: Permettre l’accessibilité de nos solutions aux non-voyants et aux malvoyants est un choix dont nous sommes fiers. Pour autant, cela n’a pas vraiment d’intérêt économique puisque ce n’est pas un besoin identifié de nos clients. Nous n’avons gagné qu’un seul appel d’offre depuis 2007 sur ce critère.

C’est avant tout un engagement dans une démarche sociétale positive qui réunit tous les collaborateurs autour d’un objectif commun. Le fait que ce soit désintéressé participe de tout cela.

T.L: Y a-t-il des standards, des normes à suivre pour créer des applications accessibles ?

Y.G: Il existe des préconisations. Le World Wide Web Consortium (W3C) par exemple propose des recommandations sur l’accessibilité des contenus Web : le Web Content Accessibility Guidelines (WCAG). Il existe également des labels comme accessiweb qui testent les interfaces.

Il faut cependant faire attention : suivre les recommandations ne suffit pas pour que les logiciels soient réellement accessibles. Dans la pratique, la seule certification qui compte vraiment reste celle de l’utilisateur final.

T.L: Qu’en est-il de la législation ?

Y.G: Il n’existe pas d’obligation d’accessibilité logicielle aujourd’hui en France. C’est d’ailleurs une problématique peu connue.

L’incitation pourrait venir de la demande mais les entreprises et les collectivités ne sont pas particulièrement demandeuses, cela ne concernant généralement qu’une toute petite partie des membres de leurs organisations.

Enfin, compte-tenu des surcoûts que cela entraîne, il est difficile en ces temps de crise économique de convaincre de l’utilité de cette démarche autant les clients que les éditeurs.

Yann Guezennec est fondateur et directeur d’Altays. L’éditeur de solutions RH en mode SaaS, spécialisé grands comptes, met à disposition des entreprises des solutions dans les segments du recrutement, des compétences, des politiques salariales et des relations sociales.


Points de repère :

  • En France en 2014, 1,5 millions de personnes sont atteintes d’une déficience visuelle.
  • Soit, 4.3% de la population active.
  • 1 déficient visuel sur 3 est demandeur d’emploi…

Sources:

  • CFPSAA (Confédération française pour la promotion sociale des aveugles et amblyopes).
  • Les chiffres clés du handicap 2014, Ministère des affaires sociales et de la santé.

Auteur de ce billet
Thomas LabregèreIngénieur de formation, Thomas Labregère a orienté sa carrière vers les métiers des ressources humaines, faisant le lien entre les évolutions technologiques et le besoin des DRH de s’adapter à un monde du travail en constante mutation.

Responsable RH durant 8 ans, spécialiste des thématiques de la formation, des compétences, du management des talents et de la conduite du changement, il accompagne aujourd’hui les entreprises dans leurs mutations numériques et conseille les éditeurs de logiciels RH sur les contraintes et les attentes de leurs clients. Curieux de tout, Geek de la première heure, passionné de technologies web, il aime unifier toutes les facettes de son profil atypique. Enfin, il s’engage régulièrement sur les thèmes de la parité, de la lutte contre les discriminations, des risques psychosociaux et de l’amélioration du management.

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